< La Vie amoureuse de madame de Pompadour

Ernest Flammarion, éditeur (p. 12-27).


II


Ce n’était pas un simple hasard qui remettait ainsi, à chaque journée de chasse, Mme Le Normant d’Étiolles sous les yeux du Roi. Il y avait, dans ces rencontres, l’effet d’une volonté qui s’exerçait depuis longtemps dans un sens unique et suivait un plan bien déterminé. Les amis de Mme d’Étiolles, son oncle Tournehem, sa mère, la très belle et très suspecte Mme Poisson, se plaisaient à dire que Jeanne-Antoinette était « un morceau de roi ». Elle-même, lorsque des soupirants prenaient des airs de séducteurs, s’en défendait par une phrase qui lui était devenue familière :

« Je ne tromperai mon mari avec personne, sauf peut-être avec le Roi. »

Ce qui passait pour un badinage et faisait bien rire l’heureux époux, car il était jeune, sans expérience et aveugle comme l’amour.

En épousant Jeanne-Antoinette, M. Le Normant avait suivi le vœu de son cœur et le désir de M. de Tournehem, son oncle, ami intime des Poisson. La famille de la jeune femme n’était pas de celles dont un honnête homme recherche volontiers l’alliance. Le père Poisson, fils d’un paysan, ignoble par la figure et les manières, sans moralité, sans scrupules, avait fait sa fortune chez les frères Pâris-Duverney, en fournissant des vivres pour la subsistance des troupes. Chargé d’approvisionner Paris pendant la disette de 1725, il spécula si bien qu’il ne put jamais rendre de comptes à l’intendant général Fagon et qu’il fut, par contumace, condamné à être pendu. Il se réfugia en Allemagne, patienta, intrigua, obtint la révision de son procès et retrouva sa place après avoir versé au Trésor quatre cent mille livres. Plus tard, on lui fera un titre de gloire, et même un titre de noblesse, avec ces malversations qu’on appellera des « services ».

Tel était le père. La mère valait-elle mieux ?… Cette fille d’un « boucher des Invalides », aussi belle, dans sa jeunesse, que sa fille était jolie, s’était ménagé des relations profitables : Mme de Tencin, appauvrie et vieillie, mais toujours intrigante, le prince de Grinsberg, Pâris-Montmartel et surtout M. de Tournehem, qui lui rendit plus légère l’absence de son mari et dirigea lui-même l’éducation de ses enfants. Les deux petits Poisson étaient adorables, Abel, « beau comme le jour », Jeanne-Antoinette — la filleule de Mme de Tencin — délicieuse par la figure et le caractère. M. de Tournehem les aima si fort que cela fit parler les jaloux, mais il paraît bien que les jaloux en furent pour leurs frais de calomnie, car le vilain M. Poisson était bien l’auteur naturel et légal de ces deux chefs-d’œuvre.

Mme Poisson souhaitait pour sa fille un mari plus brillant que le sien et, à force de rêver à l’avenir, elle voulut le connaître. Elle s’en alla donc, avec la petite, consulter Mme Lebon, la cartomancienne à la mode. La devineresse savait son Paris et comprenait l’âme secrète des gens. Elle fit le grand jeu et déclara que Mme Poisson serait « non pas reine, mais presque reine ». Mme Poisson, qui était — avec la beauté en plus — une sorte de Mme Cardinal, serra sa fille sur son cœur en la nommant sa chère petite « Reinette », et elle s’en revint chez elle, éblouie par un avenir qu’elle voyait tout bleu et tout semé de fleurs de lys d’or, comme un manteau de roi.

Quand on élève une demoiselle pour des amours royales, on lui enseigne autre chose que le catéchisme et le tricot, et ce n’est pas dans un couvent qu’elle fait son apprentissage.

Reinette avait bien passé une année chez les Ursulines de Poissy, où elle avait deux tantes religieuses. C’était en 1730, pendant l’exil volontaire de M. Poisson. Les bonnes sœurs chérissaient cette enfant délicate de corps et d’âme, très sensible, très intelligente, et, disait la supérieure dans une lettre à M. Poisson, « d’un agrément qui charmait tous ceux qui la voyaient ». Moins jolie, la mère l’eût laissée au couvent, et elle y eût achevé son éducation, en développant les excellentes qualités de son cœur sous une ferme direction religieuse. Elle fût devenue, très probablement, une honnête femme sans gloire dont le nom nous serait inconnu, et peut-être eût-elle été plus heureuse. Mais elle était jolie, et sa mère était ambitieuse. Reinette dut quitter le couvent, dès sa neuvième année, au vif chagrin des religieuses, et ce fut alors que commença son éducation, bien différente de celle que Fénelon avait conçue pour les filles du xviie siècle, et de celle que Rousseau allait prescrire pour la fiancée idéale d’Émile, l’imaginaire Sophie.

Éducation de courtisane supérieure, faite pour former une Aspasie moderne et française, et qui tend à mettre en valeur toutes les séductions de la femme. Sciences, littérature, musique, deviennent à la fois des parures et des moyens de combat. Mme Poisson savait le prix de la beauté, mais elle savait aussi que la beauté, si elle attire l’homme, ne suffit pas pour le retenir ; qu’il est des heures de mélancolie ou de fatigue où le plus beau visage est sans pouvoir s’il ne s’éclaire pas d’une lumière intérieure ; enfin que l’homme a le goût du changement et que la femme le fixe, qui satisfait ce goût inconscient, inné chez le plus fidèle. L’habile Mme Poisson n’épargna donc rien pour faire de sa fille un résumé vivant de toutes les grâces féminines et de tous les arts féminins. Jeanne-Antoinette apprit le chant et le clavecin avec Jélyotte, la danse avec Guibaudet, la déclamation avec Crébillon et Lanoue. Elle dessinait et gravait sur pierres fines, et cet exercice qui resta un bon travail d’élève sans atteindre jamais au vrai talent, lui donna du moins un sens très exercé de la couleur et de la ligne. Avec tout cela, aucun pédantisme, mais une mesure parfaite, et ce tact si fin qui est la pudeur de l’esprit. Mlle Poisson n’avait rien d’une Armande — et rien non plus d’une Henriette. Elle n’eût jamais embrassé Vadius pour l’amour du grec, mais elle aimait les gens d’esprit et ne bornait pas ses désirs à l’horizon d’un ménage. Ses rêves de jeune fille allaient plus haut.

Aussi loin qu’elle pouvait se souvenir, Jeanne-Antoinette trouvait l’image du Roi mêlée à ses pensées d’enfant. L’étrange oracle de la cartomancienne, certaines réflexions de Mme Poisson et de M. de Tournehem avaient enivré la petite tête où bouillonnaient secrètement les espoirs fous de l’adolescence. Reinette était amoureuse de ce Roi si beau, et qui s’ennuyait tant, disait-on, avec sa femme. Elle connaissait, par ouï-dire, la chronique de la cour ; la faveur, puis la disgrâce de Mme de Mailly, et le triomphe insolent de Mme de Vintimille. Ces amours adultères et incestueuses ne scandalisaient pas les amis de Mme Poisson, et Jeanne-Antoinette n’y voyait aucun mal. Le Roi était au-dessus des règles communes, et avec lui les femmes qu’il daignait choisir. Sans aucun doute, Reinette souhaitait passionnément être une de ces femmes, car, si on lui avait enseigné les sciences, les lettres, les arts, et l’art, plus difficile, de plaire, on avait oublié complètement de lui enseigner la morale. Dans cette première moitié du XVIIIe siècle, Rousseau n’avait pas encore parlé, et si déjà l’on se piquait d’être « sensible », on ne se targuait pas encore, à tout propos, d’être vertueux.

Les salons parisiens où l’on n’avait ni le goût, ni peut-être le droit, d’être très difficile sur la qualité des invités, accueillirent Mlle Poisson parce qu’elle était agréable, et Mme Poisson parce qu’elle était la mère de sa fille. Mme de Tencin patronnait les deux femmes, et ce fut chez elle que Reinette connut les beaux esprits du temps : Marivaux, Montesquieu, Duclos, Fontanelle. Les Poisson n’avaient pu forcer la porte de Mme Geoffrin et celle de sa fille, Mme de la Ferté-Imbault, qu’elles grillaient de connaître. En revanche, elles allaient chez Mme d’Angervilliers. Elles y étaient, un soir, en nombreuse compagnie, quand on pria Jeanne-Antoinette de chanter le grand air d’Armide, de Lulli. Elle chanta d’une voix si fraîche et si pathétique qu’une dame — plus très jeune, pas très belle — ne put retenir ses larmes et se jeta dans les bras de la chanteuse. Celle-ci, étonnée et flattée, demanda quelle était cette personne. On lui répondit que c’était Mme de Mailly, la maîtresse du Roi.

Alors, Reinette dut se dire que le Roi n’avait pas très bon goût. Elle dut soupirer, en pensant à l’oracle de la sorcière ; et, quelques mois plus tard, — le 9 mars 1741, — elle épousa M. Le Normant d’Étiolles, qui n’était ni beau ni bien fait, mais riche, amoureux, et qui ne croyait pas à la cartomancie.

C’était, pour la fille de François Poisson, un beau mariage ; c’était une étape franchie ; c’était l’espérance de pénétrer dans un monde où Mme Poisson ne fût pas allée avec sa mère, où elle pouvait aller avec son mari. Mais la mère, ambitieuse aussi pour elle, ne s’effaçait pas. Elle eut l’imprudence d’accompagner Mme d’Étiolles chez Mme de la Ferté-Imbault. La spirituelle marquise, que ses familiers appelaient « la marquise Carillon », à cause de sa gaîté brillante et remuante, a raconté plaisamment, dans ses Souvenirs, cette visite peu désirée.

« Quand M. de Tournehem eut marié son neveu d’Étiolles avec la petite Poisson, il loua une maison à quatre portes de celle de mon père, et la Poisson mit beaucoup d’importance à entrer en commerce d’amitié avec ma mère, dont le salon commençait à acquérir une grande célébrité. Elle prit le prétexte de sa fille qu’elle voulait mettre en bonne compagnie et, à mon grand étonnement et chagrin, je vis un jour arriver, chez ma mère et chez moi, la Poisson avec sa fille. La mère était si décriée qu’il était impossible de suivre cette connaissance, mais la fille méritait des politesses. Je fus très embarrassée pour les séparer, de manière à n’être pas malhonnête ; je parvins enfin à ne rendre des visites qu’à Mme d’Étiolles, qui avait demandé à ma mère la permission de venir souvent chez elle « pour y prendre de l’esprit », car la compagnie de son oncle était, disait-elle, « de fort honnêtes gens, mais qui avaient un très mauvais ton ».

La permission fut accordée, et Mme d’Étiolles vit s’ouvrir devant elle le « royaume de la rue Saint-Honoré », le salon artistique et philosophique où régnait cette fée bienveillante et grondeuse, Mme Geoffrin, illustre à Paris et dans toute l’Europe. « Jolie, bien faite, parfaitement bonne, chantant à merveille, douée de tous les talents pour séduire, elle plut beaucoup aux vieux philosophes des réunions du mercredi. »

Voilà une étape encore, qui rapproche un peu la jeune femme de la haute société des grandes maisons nobles. Mme Le Normant a hôtel à Paris, château à Étiolles, et quarante mille livres de rente ; elle reçoit à son tour Montesquieu, Fontanelle, le président Hénault, vieil et fidèle ami de Marie Leczinska, l’abbé de Bernis et Voltaire, qui rivalisent pour la célébrer en petits vers ; le président du Rocher, qui écrira plus tard, en se souvenant d’elle : « Belle, blanche, douce, ma Paméla ! Je la nommais ainsi à Étiolles, où je passais une partie des étés de 1741 et de 1742, et où nous lui lisions le roman anglais de Paméla, chez M. Bertin de Blagny, mon parent… » Et ce qui complète la petite célébrité de Mme d’Étiolles, c’est son talent de comédienne, les succès qu’elle remporte à Chantemerle, chez Mme de Villemer, où elle joue avec les ducs de Nivernois et de Duras, devant le duc de Richelieu ; et chez M. de Tournehem, à Étiolles, où le fermier général a fait construire « un petit théâtre aussi beau que celui de l’Opéra, avec des changements et des machines ». Elle commence à fréquenter enfin des gens titrés, bien en cour, Mme de Sassenage, femme d’un menin du Dauphin, Mme de Saissac, tante du duc de Luynes.

Et ce sont autant d’échelons de la vertigineuse échelle qui aboutit… dans les nuées, à l’inaccessible Olympe de Versailles.

Car Mme Le Normant d’Étiolles continue le rêve de Mlle Poisson, sans que le mari s’en inquiète, sans que les amis du ménage voient, dans le prétendu amour de « Reinette » pour le Roi, autre chose qu’une innocente coquetterie. Seuls, Mme Poisson et M. de Tournehem savent ce qu’il y a de vérité dans ce prétendu badinage ; mais ils sont les auteurs et les complices de cette folie de la jeune femme, et ils partagent ses vues secrètes, et il ne leur déplaît pas que le phaéton bleu, parcourant la forêt de Sénart, présente aux yeux du Roi la « dame en rose ».

À ce moment de sa jeunesse, Mme d’Étiolles atteint la perfection de sa beauté. La vie n’a pas encore touché la fragile fleur d’un teint où l’ombre même reste claire, teint de blonde, « déjeuner de soleil » qui révèle un organisme lymphatique et sans résistance, mais qui, dans son premier printemps, fait songer aux plus délicates merveilles : à la nacre des coquillages, au cœur rosé des églantines. Les traits sont réguliers et fins. Les lèvres un peu trop pâles, que les jolies dents mordillent pour en aviver l’éclat, ont le plus charmant sourire ; le front est fait pour la coiffure à racines droites qui relève en ondes légères, modelées sur la forme exquise de la tête, les cheveux châtain clair, argentés de poudre et qui se souviennent d’avoir été blonds. Les sourcils dessinent deux beaux arcs très purs, et dans les yeux aux nuances changeantes — ni bleus, ni verts, ni bruns — pleins de reflets d’or fugitifs, l’esprit allume ses paillettes. La taille est souple, les bras et les mains ravissants, la gorge assez ronde pour « remplir la main d’un honnête homme », et toute cette charmante personne, avec ses grandes robes de soie brochée et bouffante, avec ses corsages noués de rubans et tout écumeux de dentelles, avec ses mules fines, ses bouquets de petites fleurs à l’épaule ou sur le sein, semble, dit un contemporain, « faire la nuance entre le dernier degré de l’élégance et le premier de la noblesse ».

En août 1744, elle est au château d’Étiolles, où vient de naître sa petite fille Alexandrine. L’influence de Mme Poisson a pu pervertir la douce et bonne nature de Reinette, sans lui ôter tout à fait ses qualités profondes. La jeune femme, qui restera toute sa vie la plus tendre des filles et des sœurs, est aussi une très tendre mère, et la naissance d’Alexandrine la console un peu du fils premier-né qu’elle a perdu. Elle goûte ce bonheur qui ne gêne aucun de ses sentiments et ne contrarie aucun de ses projets, parce que l’instinct maternel n’a rien à voir avec la morale, et elle attend sans trop d’impatience le temps des chasses, qui lui permettra de reprendre ses promenades en phaéton. Elle ne perd rien à demeurer au logis, puisque le Roi ne viendra pas de sitôt dans la forêt de Sénart… Louis XV est aux armées et, suivant l’exemple illustre de son bisaïeul, il a emmené avec lui sa favorite…

Soudain, une nouvelle éclate en tonnerre. Le Roi est tombé malade à Metz, et les médecins désespèrent de le sauver. Autour du moribond, le « parti dévot » s’agite et, faible devant le « roi des épouvantements » qui brise les royautés terrestres et réduit les plus grands princes à la seule misère humaine, Louis XV ne pense plus qu’à l’éternité. Dans un redoublement de sa fièvre, il perd pied, il sent le gouffre qui l’attire et il réclame le père Pérusseau, un jésuite, son confesseur. La loi de l’Église est formelle : l’absolution et le viatique ne seront donnés au malade que s’il éloigne sa concubine et rappelle son épouse. Bientôt, une berline emporte secrètement Mme de Châteauroux et sa sœur, Mme de Lauraguais, qui sont huées à Bar-le-Duc par la foule et courent grand risque d’être assommées à la Ferté-sous-Jouarre. La colère aveugle du peuple, qui épargne encore le Roi, se satisfait en se déchaînant contre les maîtresses. Et pendant que toute la France, à genoux, prie pour le souverain bien-aimé, les carrosses de la cour amènent, à travers la Champagne, la Reine en pleurs et ses enfants. C’est une grande joie pour les Français que le repentir public du Roi, le pardon demandé et redemandé à la Reine, qui l’accorde de tout son cœur tremblant d’amour ; et c’est une joie plus vive encore, inespérée, que la guérison quasi-miraculeuse de Louis XV.

Mme d’Étiolles a subi le contre-coup de ces événements. À peine convalescente, elle a su l’extrême danger du Roi, et elle a éprouvé « une révolution de couche » dont elle a failli mourir. La disparition du Roi, n’était-ce pas la fin du rêve, le brutal démenti donné par la destinée à la science prophétique de Mme Lebon ? Mais le roi est sauvé et Reinette se reprend à vivre.

Le 13 novembre 1744, Louis dit « le Bien-Aimé » revint à Paris, et son retour fut célébré par des fêtes magnifiques : Te Deum solennel à Notre-Dame, concerts, feux d’artifices, illuminations, dîner à l’Hôtel de Ville. On remarqua le grand air de santé du Roi, qui fit honneur au banquet des échevins. « Le dîner fini, les portes furent ouvertes et le peuple entra et pilla le fruit », selon l’usage. À Versailles, nouvelles fêtes. Les bonnes gens qui n’étaient pas de la cour croyaient que des temps meilleurs commençaient pour le royaume et pour le peuple royal. Ils croyaient au bonheur de Marie Leczinska, qui était infiniment aimée et respectée. Mais les amis de la Reine constataient avec douleur sa tristesse et l’inexcusable froideur du Roi. Le malade de Metz, guéri trop vite, ne pardonnait pas à la Reine le pardon qu’il en avait reçu. L’épouvantail de la mort écarté, il retournait au péché ancien, sans pudeur. Le 27 novembre, Mme de Châteauroux écrivit à la duchesse de Bouffiers : « Le Roi vient de me mander par M. de Maurepas qu’il était bien fâché de ce qui s’était passé à Metz et de l’indécence avec laquelle j’avais été traitée ; qu’il me priait de l’oublier et que, pour lui en donner une preuve, il espérait que nous voudrions bien reprendre nos appartements à Versailles ; qu’il nous donnerait en toutes occasions des preuves de sa protection et de son amitié, et qu’il nous rendait nos charges. »

« On ne peut, écrit le duc de Luynes, dans son Journal, se représenter l’effet qu’a fait dans le peuple le rappel de Mme de Châteauroux et la restitution des deux places, après ce qui s’est passé à Metz… Versailles, où ordinairement on parle peu, n’a pas été exempt de discours sur cette matière. Cependant, comme de pareils propos ne sont utiles qu’à déplaire, et d’ailleurs ne peuvent servir de rien, les plus sages ont gardé le silence. » Cependant, ces gens qui n’étaient pas de la cour ne se gênèrent pas pour commenter l’événement. Les étrangers s’en indignèrent, et les poissardes qui avaient tant prié pour la guérison du Roi, exprimant dans leur style dru et cru le sentiment des Parisiens, déclarèrent : « Puisqu’il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pavé de Paris. »

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