Argyronète

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Argyronète
Deux argyronètes, sous l'eau, parmi les plantes aquatiques : la femelle est à gauche, le mâle est à droite
Nom(s) commun(s) Argyronète, Araignée aquatique, Araignée bathyscaphe
Nom scientifique Argyroneta aquatica
Classification Classe des Arachnides, ordre des araignées
Milieu de vie Lacs et étangs d'eau douce
Taille 8 à 15 mm (femelle) ; 9 à 12 mm (mâle), sans les pattes. (environ 3.2 et 3.8 cm respectivement, avec les pattes[1]
Poids 0.1 g (femelle) ; 0.15 g (mâle)[1]
Régime alimentaire carnivore : se nourrit de petits arthropodes aquatiques, de petits poissons et de têtards
Gros plan sur une argyronète. On voit bien les « crochets », ou chélicères. De l'air s'est accroché dans les poils de son corps : elle va s'en servir pour aller remplir sa cloche.
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L’argyronète (nom scientifique : Argyroneta aquatica) est une espèce d'araignée qui vit dans l’eau. Elle peut survivre grâce à une cloche de soie qu’elle tisse elle-même. Quand elle est à la surface de l'eau, elle remplit la cloche de soie avec de l’air. Une fois la cloche remplie d’air, l’argyronète descend dans l’eau, où elle peut parfaitement respirer grâce à la cloche de soie.

Description et mode de vie

L'argyronète est la seule araignée aquatique du monde : certaines autres araignées, comme la dolomède, vivent près de l'eau, et peuvent même se déplacer sur l'eau, mais seule l'argyronète est capable d'y plonger, et d'y nager. Elle vit entièrement sous l'eau, dans une sorte de « cloche de plongée », une grosse bulle qu'elle fabrique elle-même et dans laquelle elle vit, mange, se reproduit, et élève ses petits.

Le corps de l'argyronète est couvert de petits poils, très courts, et très serrés. Ces petits poils rendent le corps de l'argyronète hydrophobe : l'eau glisse dessus, et n'y accroche pas. Les argyronètes sont donc constamment parfaitement sèches. L'air reste piégé dans ses poils, et forme une bulle autour de son corps lorsqu'elle plonge. Elle est incapable de respirer le dioxygène dissous dans l'eau, comme les poissons, par exemple, mais peut respirer tout à fait normalement dans l'air de la bulle qui se forme autour de son corps. Quand sa réserve d'air vient à diminuer, l'argyronète n'a qu'à remonter à la surface, et une nouvelle bulle se forme autour de son corps.

Elle peut ainsi se déplacer très facilement sous l'eau, parmi les plantes aquatiques. Elle peut même lâcher les plantes, et se déplacer dans l'eau, en nageant, ce qu'elle est la seule araignée au monde à pouvoir faire.

L'argyronète construit également une sorte de nid sous l'eau : comme toutes les araignées, elle est capable de sécréter de la soie, et s'en sert pour construire une sorte de filet, accroché aux plantes aquatiques. Une fois terminé, elle va vers la surface et revient avec une grosse bulle d'air, qu'elle va relâcher juste sous sa toile : la bulle remonte, mais reste coincée par la toile. L'argyronète n'a plus qu'à aller chercher d'autres bulles d'air, pour en former une grosse, entourée de soie, accrochée aux plantes. Elle est assez grande pour que l'argyronète puisse y entrer, et s'y reposer si elle le souhaite. On y entre par en dessous : l'eau ne rentre pas dans la bulle, car elle est bloquée par la pression de l'air, un peu comme dans une cloche de plongée.

Cette capacité à capter de l'air gène parfois l'argyronète : elle flotte tellement bien qu'elle a du mal à plonger, et doit dépenser beaucoup d'énergie pour rester sous l'eau[1].

Une fois installée, l'argyronète remonte régulièrement à la surface pour renouveler l'air de sa « cloche de plongée ». Le reste du temps, elle peut chasser, s'accoupler, et s'occuper de ses petits.

Chasse et alimentation

L'argyronète, comme presque[2] toutes les araignées, est carnivore.

Le mâle, plus à l'aise dans l'eau et plus actif[1] chasse activement ses proies, tandis que la femelle reste plutôt dans sa cloche, à les guetter en embuscade.

Elle se nourrit de toutes sortes d'animaux aquatiques : des insectes et leurs larves, bien sûr, comme les larves de moustique et de chironome, mais aussi des proies plus grosses, comme les nèpes, ou les dytiques, ainsi que d'autres petits animaux aquatiques, comme les gammares, ou les aselles, et parfois même de têtards et de petits poissons, comme les épinoches.

Venin

Si l'argyronète, qui mesure environ 1 cm de long (sans les pattes) parvient à s'attaquer à des proies aussi grosses pour elle, c'est parce qu'elle est venimeuse. Elle injecte son venin à ses proies, ce qui les paralyse, puis les ramène dans sa cloche de plongée pour les manger.

L'argyronète fait partie des très rares araignées d'Europe qui peuvent mordre l'homme, ce qui reste très rare, compte-tenu de son milieu de vie... Lorsque cela arrive malgré tout, le venin de l'argyronète n'est pas très dangereux pour l'homme.

Reproduction

L'argyronète est, en plus d'être aquatique, l'une des très rares araignées chez qui le mâle soit légèrement plus grand que la femelle. On pense qu'en raison de cette plus grande taille, le mâle flotte moins bien, ce qui fait qu'il est plus agile dans l'eau[1].

L'argyronète est une araignée solitaire : chacune vit seule, dans sa propre cloche, et ne laisse aucune autre araignée y entrer. Le mâle et la femelle vivent ainsi séparément. Mais, durant la période de reproduction, les mâles, plus gros et plus agiles dans l'eau, rendent visite aux femelles ; à cette occasion, il arrive qu'un mâle affamé mange la femelle : ce cas de cannibalisme, encore une fois, est assez rare chez les araignées, ou c'est plutôt la femelle qui mange le mâle, d'habitude.

Du coup, les femelles ne prennent généralement pas de risques, et s'enfuient lorsqu'elles voient arriver un mâle[1]. Cependant, si le mâle lui plaît, la femelle peut le laisser approcher. Après l'accouplement, la femelle peut pondre une grande quantité d'œufs, dans un cocon. Ces œufs donneront naissance à de minuscules araignées, qui vivent dans la cloche de leur mère jusqu'à ce qu'elles soient assez grandes pour la quitter, et construire leur propre abri.

Élevage

Il est déconseillé d'essayer d'élever des argyronètes en captivité, car elle reste une espèce dangereuse à manipuler (ce n'est pas parce que c'est une espèce aquatique qu'elle ne peut pas sortir de l'eau...)

Cependant, elle reste assez facile à élever en aquarium, pour les chercheurs qui l'étudient.

Pour cela, il faut prévoir un aquarium pour une seule argyronète, car, autrement, les araignées se battraient entre elles. L'aquarium devra comporter des plantes aquatiques, et des pierres, pour que l'argyronète puisse y tisser sa toile, et fixer sa bulle. Il faudra donc que l'eau soit propre, et que l'aquarium soit correctement éclairé, pour que les plantes puissent s'y développer. Le bac sera donc équipé d'un petit filtre, ainsi que d'une lampe, et d'un couvercle. Le niveau de l'eau devra arriver bien en dessous du couvercle, afin que l'argyronète puisse récupérer de l'air, faute de quoi elle se noierait.

En aquarium, il est possible de nourrir les argyronètes en leur distribuant, une fois par semaine, des gammares ou des aselles[1].

Dans la culture

Une argyronète, avec sa bulle d'air, sur un timbre d'Azerbaïdjan.

Une autre, l'Argyronète, se construit au sein de l'eau, avec de la soie, une élégante cloche à plongeur où elle emmagasine de l'air. Ainsi pourvue de l'élément respirable, elle guette au frais la venue de la proie. En temps de canicule, c'est vraie demeure de sybarite, comme l'homme insensé en a parfois entrepris sous les flots, à grand renfort de blocs de marbre et de pierres de taille. Les plafonds sous-marins de Tibère ne sont plus qu'un odieux souvenir ; la délicate coupole de l'Argyronète prospère toujours.[3]

Voir aussi

Vikiliens pour compléter

Liens externes

Images

Vidéos

Sources

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 Schütz & Taborsky, 2005, [pdf] Mate choice and sexual conflict in the size dimorphic water spider Argyroneta aquatica (Araneae, Argyronetidae)
  2. Il n'existe qu'une seule araignée végétarienne sur Terre, la Bagheera kiplingi, découverte récemment, qui vit en Amérique centrale
  3. Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques, chap. 15, l'Araignée labyrinthe. 1905
Article mis en lumière la semaine du 14 juillet 2014.
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