Grippe de Hong Kong

La grippe de 1968 ou grippe de Hong Kong était une pandémie de grippe qui a eu lieu dans le monde entier à partir de l'été 1968 et jusqu’au printemps 1970. Elle a tué environ 1 million de personnes et a été causée par une souche réassortie H3N2 du virus H2N2 de la grippe A.

Grippe de Hong Kong
Le virus responsable de la grippe de 1968.
Maladie
Agent infectieux
Date d'arrivée
Date de fin
Bilan
Morts
1 000 000

Cette pandémie a touché un demi-million d'habitants de Hong-Kong, soit 15 % de la population.

Déroulement

L'origine du virus est probablement liée à une souche réassortie apparue en Asie centrale vers le mois de février 1968. L'épidémie est reconnue lorsqu'elle touche Hong-Kong à partir de la mi-juillet. En , 500 000 personnes sont infectées à Hong-Kong[1].

De là, l'épidémie s'étend rapidement à toute l'Asie du Sud-Est, l'Inde et l'Australie[1]. D'importantes différences sont notées, au Japon l'épidémie apparaît moins forte, plus éparse et plus irrégulière[2].

Puis, sa progression ralentit pour toucher l'hémisphère nord durant l'hiver 1968-1969. Le virus fait alors près de 50 000 morts aux États-Unis en 3 mois[3], avant de se propager en Europe de l'Ouest en 1969. En France, le virus est isolé à la fin de l'hiver 1968-1969, mais sans se montrer dangereux[1].

Après la pause de l'été 1969, l'épidémie de l'hiver (décembre 1969-janvier 1970) est très sévère en France avec 17 000 décès directs (déclarés comme dus à la grippe), et un excédent de mortalité de plus de 40 000[1].

À l'échelle mondiale, le bilan de la pandémie est d'environ un million de morts entre l'été 1968 et le printemps 1970, selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé[4],[3]. Il s'agit de la troisième pandémie du XXe siècle après la grippe espagnole (20 à 40 millions de morts en 1918-1920) et la grippe asiatique (2 millions de morts en 1957)[4]. Selon l'épidémiologiste Antoine Flahault, « la grippe de Hongkong est entrée dans l'histoire comme la première pandémie de l'ère moderne. Celle des transports aériens rapides. La première, aussi, à avoir été surveillée par un réseau international. De fait, elle est la base de tous les travaux de modélisation visant à prédire le calendrier de la future pandémie »[4].

Arrêt sur images relève qu'« à l'époque, l'ORTF traite l'affaire avec une relative légèreté, alors que dans certaines régions, les établissements scolaires sont fermés, les transports perturbés »[5]. Le Monde ne consacre que quelques courts articles à la situation[6]. Selon l'historien Patrick Bourdelais, cela s'explique par le fait que de nombreux sujets « occupent l'agenda médiatique et politique », tels que « l'après-68 », l'arrivée au pouvoir de Georges Pompidou, et la guerre du Biafra qui suscite l'intérêt des médias pour l'épidémie et la famine qui y ont cours ; mais aussi par un « optimisme global » dans le contexte des Trente Glorieuses à travers une « idéologie de victoire renouvelée des antibiotiques » et une « culture du progrès qui fait qu'on n'est pas très inquiets »[5].

Virus et vaccin

Le nouveau virus est de type A, finalement nommé A(H3N2) remplaçant le virus A(H2N2). Ils ont tous deux la même neuraminidase N2, mais l'hémagglutinine est différente (le nouveau virus est H3 et non H2). Des chercheurs ont suggéré que les différences d'impacts selon les régions du monde étaient liées à l'existence ou non d'une immunité préalable contre N2, voire contre H3 (personnes très âgées ayant connu des grippes H3)[7].

La reconnaissance des nouvelles caractéristiques du virus ne survient qu'après le pic des infections aux États-Unis. Cependant une étude portant sur la vaccination des cadets de l'US Air Force, montre que le vaccin contre A(H2N2), alors disponible, pouvait réduire de 54 % les cas confirmés de grippe A(H3N2)[2]. Ce virus A(H3N2) est toujours actif et circulant en 2020[8].

Conséquences

Cette pandémie relance les recherches sur la structure des virus et le mécanisme de leurs variations. Elle mobilise les systèmes de surveillance et renforce les réseaux internationaux de laboratoires (centres mondiaux et nationaux de référence sur les virus grippaux)[1].

Elle renforce toutefois une théorie qui se révèlera fausse ou inexacte par la suite : celle d'un retour plus ou moins régulier, donc prévisible, des pandémies de grippe, selon un modèle cyclique de 10 ou 11 ans[7].

Notes et références

  1. Claude Hannoun, « Histoire naturelle de la grippe », La Revue du Praticien, vol. 58, no 15, , p. 1645-1651.
  2. (en) Edwin D. Kilbourne, « Influenza Pandemics of the 20th Century », Emerging Infectious Diseases journal - CDC, vol. 12, no 1, , p. 9-14. (lire en ligne)
  3. Jacques Mazeau, Petite encyclopédie des grandes catastrophes naturelles : Du déluge au tsunami, le monde va-t-il plus mal ?, Acropole, , 111 p. (ISBN 2-7357-0269-3).
  4. Corinne Bensimon, « 1968, la planète grippée », sur liberation.fr, (consulté le 15 mars 2020).
  5. « Les élites et la peste, 1347 : " Partir tôt, loin, longtemps" », sur Arrêt sur images.net, (consulté le 24 mars 2020).
  6. Daniel Schneidermann, « 1969, année épidémique », sur liberation.fr, (consulté le 27 mars 2020).
  7. (en-US) Walter R. Dowdle, « Influenza Pandemic Periodicity, Virus Recycling, and the Art of Risk Assessment », Emerging Infectious Diseases journal - CDC, vol. 12, no 1, , p. 34-39. (DOI 10.3201/eid1201.051013, lire en ligne, consulté le 24 février 2020)
  8. « OMS | Relevé épidémiologique hebdomadaire, 18 octobre 2019, vol. 94, 42 (pp. 473-496) », sur WHO (consulté le 24 février 2020)

Bibliographie

  • Corinne Bensimon, « 1968, la planète grippée », Libération, (lire en ligne)

Voir aussi

Lien externe

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